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 Les promenades au cimetière.

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Kysae

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Date d'inscription : 24/07/2017
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MessageSujet: Les promenades au cimetière.   Mar 17 Oct - 16:56

Parfois peu importe mes prières et le nombre d'injections au creux de mes tibias, le sommeil refuse de ne serait-ce que m'accorder une heure de son temps. Rejetée devant les portes de l'insomnie je fixe mon plafond sans ciller avec pour seul interlocuteur la douleur qui se promène le long de mon squelette décrépi. Dans ces moments pathétiques où je réalise que je suis plus humaine qu'il n'y paraît, il n'y a que les morts qui peuvent me comprendre et me rendre le sourire.

Il ne doit pas y avoir beaucoup de jeunes filles qui se promènent la nuit dans les cimetières et c'est fort regrettable, il n'y a pas plus délicieux ou romantique que de se parer de ses plus beaux atouts avant de errer entre des tombes glaciales. Ou peut-être alors .. Que je suis un peu bizarre.





4:00 La fille de la Mort écarte les draps et s'assied au milieu du lit avant d'éclater en sanglots. Le visage caché entre ses bras et le dos secoué par ses pleurs, les minutes s'écoulent douloureusement avant qu'elle ne pousse un cri, repoussant de toutes ses forces douleurs ou tristesse pour se changer en poupée de cire. Le bas de sa nuisette blanche a commencé à noircir et ses longs cheveux argentés étalés en éventails sur le matelas s'assèchent. Elle écarte ses doigts, lentement, fixe sa chair peu à peu elle aussi rattrapée par la nécrose, cette nuit non plus elle ne dormira pas. Dans la nuit de la chambre elle se redresse debout et se défait de la chemise de nuit qu'elle laisse tomber sur l'oreiller. Nue les mains tendues vers le plafond elle lève son visage et continue d'admirer avec honte les marques de son héritage. Dressée sur la pointe des pieds le dos cambré elle crie encore une fois.

Chasser la souffrance, chasser le doute, juste accepter.

Comme il est étrange de souffrir de la mort de ceux que l'on aime tout en se délectant du goût laissé sur le bout de sa langue. Comment aimer, comment opter pour l'espoir, lorsque l'on aime autant enlacer une vie achevée.


Un petit saut, elle quitte le lit et le carrelage de la salle d'eau est plus chaud que ses pieds nus. Figée devant le miroir elle se défie du regard. L'image parfois se trouble comme une eau dérangée, elle incline la tête et finit par se tourner le dos. Un large coffre noir s'ouvre et elle écarte ses affaires de milicienne brâkmarienne pour secouer et défroisser une longue robe noire échancrée au décolleté ouvert sur une pierre rouge, le col et les épaules surmontés de plumes de corbac. C'est dans cette tenue qu'elle s'était éveillée au milieu du désert, c'était son petit secret et parfois elle aimait se répéter qu'il s'agit là d'un présent de son père. Le visage enfoui dans la soie sombre elle inspire et l'envie de faire des folies se distille de nouveau lentement dans son organisme ravagé. Parfois reprendre son courage ne tient qu'à une odeur ou une présence. Si la Mort la regardait, il ne faudrait pas qu'elle soit déçue.

Il faudrait qu'il la trouve superbe.
Une fleur laissée pour un défunt, une larme sur la joue d'une veuve.


Il pleuvait et ses orteils s'enfoncent dans la terre rendue molle. Ni lune ni étoile juste le grondement d'un éclair trop loin étouffé par les gouttelettes déchaînées. Elles aussi lui paraissent chaudes. Le pas rapide ses mains glissent sur les pierres tombales encore muettes et si un visiteur venait à surprendre cet étrange spectacle, cette fille à l'allure spectrale dans sa robe flottante au milieu des ombres, il aurait probablement tourné les talons après avoir invoqué le nom de son Dieu, la voix tremblante.

Avant de relever ses premiers morts elle avait étudié dans de vieux grimoires de l'Ordre les anciennes paroles répétées par son ancêtre, espérant secrètement elle aussi partager cette magie qui n'était pourtant pas héréditaire. Des nuits à murmurer à leurs oreilles des chants d'une voix qui peu à peu s'était emplie d'assurance. Maintenant elle le savait, elle n'avait besoin que de passer sa langue sur ses lèvres avant d'écarter les bras et ils accourraient. Invoquer une parcelle d'âme perdue à jamais pour insuffler l'ombre d'une vie au sein d'une carcasse béate d'admiration.

Admirative et éperdument amoureuse, devant celle qui continuait de les aimer.
La seule.


Assise sur une souche morte Kys chante pour eux. Une jolie voix cristalline merveilleusement triste qui s'accorde subtilement au sombre décor de ses cimetières adorés. Des regrets, des espoirs, des chagrins, des batailles à venir .. Parfois la peur du lendemain. La peur de se tromper de chemin. Elle se confie et les morts écoutent. Et plus les heures passent … Plus les carcasses grouillent et s'entassent.

Les caveaux familiaux se fendent en deux et quinze générations dévalent la petite colline main dans la main pour rejoindre l'assemblée. La terre grouille et se pourfend de l'intérieur, les pas résonnent et les cliquetis s'affolent, une cohue grandissante, trente, cinquante, deux cent. Certains traversent la région, disent entendre l'appel depuis les Cités ou bien même le fond des océans.

- Ce n'est pas ainsi que tu ne seras pas repérée ..

- Edwel se moque de moi. Il sait très bien ce que je fais, et lorsque je me cache il rit de ma naïveté.

- Ce n'est pas une raison pour le provoquer.

- Il n'a pas besoin de ça pour compter m'éliminer.

- T'éliminer ? Est-ce que tu y crois ?

- J'ai peur de cet homme.

Un drôle de zobal de petite taille à la démarche chaotique et aux larges binocles vertes la rejoint. Blouse blanche jusqu'aux chevilles, il s'assied près d'elle face à la horde de la princesse morbide.

- Tu as peur parce que tu n'es pas une idiote, petite Kys. Edwel ne peut rien contre ton corps qui connaît déjà le supplice au quotidien .. ni contre ton âme qui n'a pas le moindre répit. Il tente de s'attaquer à ton esprit. Il veut que tu abandonnes, que tu t'enfermes dans un caveau pour y pleurer durant les trois prochaines éternités.

- Parfois je suis tentée de le faire.

- Lorsque tu seras plus grande et plus forte, tout te semblera plus simple ma belle. Sois patiente.

- Tu ne devrais pas venir me voir .. il va finir par le savoir.

- Je suis prêt à mourir dans l'heure qui arrive, si cela peut me permettre d'être libre de me relever et de servir pour de bon à tes côtés. J'espère qu'il me restera encore quelques uns de mes magnifiques cheveux.

Elle rit et il l'accompagne, il avait réussi à illuminer le visage de la jeune fille et les morts semblaient l'en remercier. La route serait encore longue mais si les anges tombés au combat continuaient de croire, il n'y avait pas de raison pour qu'elle cesse d'en faire autant. La Mort n'est pas synonyme de désespoir.
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