Support écrit d'une large - et complexe - trame dofusienne sur le serveur de Brumen ( rp ouvert & fanfiction à partir du BG officiel et à l'échelle du Krosmoz ! )
 
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 Morceaux éparpillés.

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Eirwen

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Date d'inscription : 06/02/2018

MessageSujet: Morceaux éparpillés.   Ven 9 Fév - 20:08

Au pied d'un merisier de la forêt astrubienne une fille enveloppée de soie bleue nuit est figée. Ses pieds sont nus et ses jambes à moitié, la peau laiteuse, douce, ne serait-ce qu'à regarder. La lune levée l'éclaire et ses grands yeux bleus sont ouverts, cependant, elle semble sans vie...

Poupée de cire. Belle à faire trembler.


Un couple passe, paysans en provenance de la taverne rentrent à leur ferme. Détour par les bois ... caprices et envies coquines de la jeunette fraîchement mariée. Ses jupons hauts en couleurs voltigent et elle rit en tirant par la main son conjoint.

Bercés par l'ivresse, le vent frais.


En apercevant la morte elle pousse un cri de stupeur. Ses yeux brillent, intriguée, mélange de peine oui mais aussi d'excitation, un cadavre aussi somptueusement habillé promet une belle fin de soirée. Ils s'approchent un peu inquiets.

- Elle ne va pas te manger ...


- On devrait appeler la Milice. Non ?


- Rien ne nous empêche de le faire mais avant, tu as vu cette soie de qualité ? Elle a pas une ride pas un cheveu abîmé et un teint de princesse, c'est pas une fille qui vient de la campagne le travail le stress et les champs elle doit pas connaître ... Je parie qu'elle est fortunée. Et vu qu'elle est encore habillée, c'est qu'aucun bandit n'est encore passé. Parce que mignonne comme elle est ...




Il parle il parle mais lui, il ne fait pas un seul pas vers elle. À croire qu'il trouve cette scène encore plus glauque que moi ...
Je me penche pour l'observer de plus près. Elle doit avoir la trentaine mais ce n'est pas simple à dire. Un visage est si étrange quand il est paralysé par la mort ...
Elle sent l'orchidée sauvage et plusieurs pierres précieuses ornent le long de ses oreilles en pointe.
Pas de maquillage mais c'est vrai que sa peau est parfaite ...
En approchant ma main de son cou pour vérifier si elle ne porte pas de collier, j'entre en contact avec sa peau et la froideur m'arrache un hoquet.

Et puis. Et puis après ...
Je n'ai pas bien compris.




Le Milicien hurle des ordres à mon oreille et me plaque durement contre le tronc du merisier. Ses collègues en cercle autour de moi sont à bout de patience, en même temps il est 5h passé du matin.

- On arrête les histoires, où elles sont hein .. où ?! T'as été faire un tour dans la forêt avec elle c'est ça ? T'étais bien bourré le paysan et t'as eu des petites envies pas très reluisantes avec deux pauvres femmes ?

Personne ne me croit. Pourtant ... j'en suis persuadé ... et si j'arrivais à un peu mieux réfléchir peut-être alors que je saurais formuler des phrases plus précises ? Je passe pour un demeuré, une merde, un fils de pute à la limite de la consanguinité bon à sauter ses animaux et tuer des filles dans les forêts.

Ils se trompent ...
J'aimais Nanira ...

Elle s'est penchée. Sa main s'est avancée vers son cou pour écarter son décolleté et la morte a bougé.

Je n'explique pas pourquoi je n'ai pas bougé. Ce n'était pas de la peur c'était bien pire que ça ... Je ne suis pas un froussard. Mais là, c'était inexplicable en plus .. de tout le reste. Il y a un fossé entre avoir peur ... et plonger nu dans l'incompréhension et l'horreur.



Nanira a basculé en arrière en hurlant. La chose était accroupie sur elle. Nanira hurlait. Hurlait. Hurlait. Mais ne se débattait pas. Pire, elle a écarté ses bras, couchée en croix. Une belle croix bien droite et alors ça s'est laissé tomber sur son visage ... En avant... comme happée.

J'ai vu ses traits s'effacer. Ses contours sont devenus flous et ses cris se changeaient en couinements pitoyables.
Ça aspirait ... Nanira, son visage a disparu et le monstre pour la première fois s'est mis à sourire ... Comme si enfin, c'était en mesure de vraiment vivre ... Elle n'avait plus rien d'une morte.


Des gens alertés par le bruit sont arrivés.
Les Miliciens.
Mais elle l'a emportée ...


Je ne dors plus. Car si je ferme les yeux, je revois leurs deux visages côte à côte. Je vois les lèvres de Nanira s'effacer tandis que celles du monstre s'étirent. Je pleure dans la nuit et je transpire. Les détails sont trop précis. Je sens l'odeur de la mort et puis aussi, un parfum de fleur. Peut-être de l'orchidée. Si je me réveille en sursaut, je continuerai de la voir, là, cachée dans un coin de ma chambre. Peut-être simplement un morceau de son corps qui dépasse du rideau, ou bien un œil dans le placard. Après viennent les voix. Je ne dors plus, car si je dors, je ne suis pas sûr de me réveiller.

Du sang sur les draps. Je ne sais plus ... ce qui est vrai.





Elle n'arrête pas de courir et ne s'arrête que lorsqu'elle sent que son cœur est sur le point d'exploser. Ses cheveux blancs collent dans sa nuque et elle se tient à un arbre le temps de reprendre son souffle. Tiens, encore un merisier. Elle ne distingue plus le brouhaha des paysans affolés, ni les questions nerveuses des miliciens. Elle cherche à s'en détacher, à faire le vide un petit instant.

Bien. C'est bon.




Je suis revenue parmi vous dans une Tour alors ma maison devait s'en inspirer. En entrant je laisse tomber mes vêtements et je reste dans le noir un long moment à trembler. Cette sensation je ne la connais que très peu alors j'insiste. La pierre est froide sous mes pieds, je remue mes orteils, serre mes cuisses mais garde mes bras tendus le long de mon corps. Il fait très froid et je me sens vivante. Je me sens animée.

Je vais scier un nouveau morceau ce matin. L'ange avec ses ailes déplumées, je vais encore en retirer, un peu, rien qu'un peu. Elle ne crie plus de toute façon, par charité je lui ai appris. Appris à faire le vide. Souffrir en silence. Ou ne plus souffrir ? Est-ce que l'on souffre toujours, quand on ignore que l'on souffre ?

Dans un sac poubelle usé je balance les bouts volés.
Cape noire capuche rabattue ... une servante maussade ... collier dérobé j'accède aux Enfers et retrouve mes Princes affamés.
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Eirwen

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Date d'inscription : 06/02/2018

MessageSujet: Re: Morceaux éparpillés.   Sam 10 Fév - 22:41

Les portes scellées de la chambre de l'Efrit se referment dans mon dos et je reste un instant seule dans l'entrée du Temple, les yeux fermés.

Ma fille a pris parti d'orienter notre lignée vers ce Monde ... Et l'une de mes descendantes a régné sur un trône semblable à celui que je viens de voir. Des tombes gravées qui portent mon nom. L'ensemble de ce qui m'entoure ici, ce Cœur de l'Onirique, se base sur les souvenirs de ma dernière née.

Alors ...

Pourquoi ...

Moi, je ne ressens toujours rien ? Ni attache ni ...



Mes dents se serrent et j'avance pour quitter cet endroit. Onirique, j'apprends tes mots et je comprends aussi bien tes valeurs que tes attentes. Je me connecte aux côtés de celui que tu as choisi pour être au plus près de toi, je manie la magie que tu daignes prêter aux hommes avec grâce et aise. Mais à mes yeux, tu ne vaux toujours rien.

Elles, elles t'ont forcément aimé n'est-ce pas ? Sinon à quoi bon tout ça.



- Tu es jalouse ?

La sorcière s'arrête lorsque ses talons s'enfoncent dans le sable. Une silhouette vient d'apparaître tout contre elle, pratiquement plaquée à son profil. Chevelure rousse et parfum orangé, des yeux dorés.

- Tu crois que c'est en venant chez moi et en blablatant dans mon patois que tu vas brusquement être animée de passion pour cet endroit ? De toute évidence non seulement les ancêtres étaient faibles mais en plus, encore plus amochés que nous question émotions...

La présence rit avant d'ajouter d'un air menaçant.

- Je suis morte .. par ta faute. Ton foutu artefact ... ton cadavre recomposé a réussi à venir ternir ma joie mais regarde même réduite à l'état de rien je parais plus vivante que toi Eirwen. Ne t'avises pas de pens- ...

- Il suffit traînée.

L'injonction claque et Yenepha bien malgré elle se retrouve réduite au silence. Tourbillon de rage intérieure. Eirwen tourne la tête vers la présence et éclate d'un rire aigu. Puis sa bouche se fige et ses traits se décomposent, ruissellement de chair qui vient éclabousser sa robe, dégouline sur ses jambes nues et souille le sable de mouchetures de graisses. Le visage effacé sa voix se fait cependant nettement plus puissante.

- Il n'y a ... pas plus grande honte ... pour une enfant Gwendalavir ... que de se faire détrôner par une ancienne. Et pourtant la lignée te remercie, Yenepha. Elle te remercie d'avoir été sotte, arrogante, impulsive, aveugle et surtout, elle te remercie d'être tombée. Car la lignée ... tout comme moi ... s'interroge sur le pourquoi de la cessation de notre sorcellerie. L'héritage que tu n'as jamais porté, l'entends-tu petite fille, il me préfère. Moi. Eirwen. La stérile, à toi, la putain fertile au corps de feu et à la puissance un peu trop exposée. Et si je ne trouve pas de raison à cette décadence ... crois-moi que je n'éprouverai ni jalousie ni haine ... Pas même un semblant de frustration, appelle ça une faiblesse si ça te chante ...


Elle se tourne face à elle. La présence de Yenepha recule d'un pas.

- Tu crois que je ne peux pas te voir ? Te sentir ? Tu crois que parce que tu es morte ... je ne peux pas te faire souffrir ? Tu ne sais rien de ta famille. Tu es une expérience, un caprice de Kysae qui dans un élan d'ennui s'est essayée à pondre un peu de nouveauté mais n'y vois surtout pas là une évolution. Vois plutôt un défi personnel. Les sorcières Gwendalavir peuvent-elles se propager chez le Rêve ? Kysae a eu sa réponse. La réponse est non.


Derrière la sans-visage une nuée de fines tentacules rouges s'élèvent. Un éventail macabre, qui gigote, fouille et s'entortille dans les airs sur des mètres et des mètres jusqu'à ce que la vue ne soit complètement obstruée par ce défilé écarlate. Aux côtés de la présence de Yenepha, des spectres se manifestent. Des femmes aux cheveux blancs. Des visages immobiles mais des regards qui en disent long, rivés sur l'ancienne Efrit qui de simple présence passe à une silhouette translucide. La bouche ouverte, mais muette.

- Si j'avais des lèvres ... Yenepha ... je serais en train de rigoler. Tu vois je n'ai pas besoin de ressentir pour savoir quand il est approprié de se foutre littéralement de la gueule des autres. Ne te fais ... pas d'illusion, chérie. Tu ne sais rien de moi. Rien de mon pouvoir. Rien de l'héritage qui jamais ne t'a été transmis. Tu es à l'image de ce Monde qui t'a fait grandir ... un souvenir. Juste un souvenir.

Les spectres ricanent.

- Mais tu as laissé ici quelque chose qui me revient de droit ...

La parole lui revient.

- ... Tu parles de mon énergie. Elle ne te revient pas, il s'agit d'une énergie Efrit. Une énergie onirique. Tu ne pourrais rien en faire. Et tu viens de dire que ce monde ne t'intéressait pas. Espèce de pauvre folle, carcasse vide ...



- Je me fous de ta force ... je me fous de tes souvenirs, ton corps, ton expérience pathétique de nourrisson, moi ... je veux tes émotions Yenepha ... Une Gwendalavir capable de ressentir, je n'ai encore jamais eu l'occasion .... d'étudier ça. Ne me demande surtout pas pourquoi ni comment, je suis certes sorcière mais pas faiseuse de miracles, et l'illusion de l'intelligence est de loin la plus complexe à implanter. Surtout dans le crâne d'une furie arriérée.



L'illusion se brise.
La présence de Yenepha est seule. Désemparée.
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